Pourquoi votre marque vous échappe (et ce que la mythologie grecque a à voir là-dedans)
Il y a une scène que je vois se répéter dans les comités de direction, les ateliers brand et les briefs créatifs : une marque qui travaille d’arrache-pied sur ses messages, affine ses valeurs, peaufine son tone of voice et pourtant reste invisible dans l’esprit de ses clients.
Le problème n’est pas l’exécution. Le problème est plus profond, et plus fascinant : la marque parle à côté des imaginaires de ses publics.
Les imaginaires, kesako ?
Un imaginaire, ce n’est pas une image. C’est le réservoir invisible de symboles, de récits et d’archétypes qu’une culture partage sans le savoir. C’est pourquoi une publicité montrant un homme seul face à une montagne enneigée déclenche immédiatement une sensation de liberté, de dépassement, de virilité tranquille — sans qu’un seul mot ne soit prononcé. Ce n’est pas de la magie. C’est de la sémiologie.
Et c’est précisément là que les marques perdent ou gagnent leur bataille.
Nike n’a pas inventé le héros. Hermès non plus.
Quand Nike dit Just Do It, elle n’invente rien. Elle active un récit vieux de trois millénaires : le héros qui surmonte l’obstacle, qui choisit l’effort contre le confort, qui mérite sa victoire. C’est Achille. C’est Hercule dans ses travaux. C’est une structure narrative si profondément ancrée dans l’imaginaire occidental qu’elle résonne avant même que le cerveau conscient ait le temps de l’analyser.
Ces entreprises ne font pas de mythologie par hasard. Elles en font parce que les mythes sont les seuls récits qui traversent les siècles sans vieillir.
Le problème des marques qui ne savent pas quel mythe elles racontent
La plupart des organisations ont travaillé leur positionnement, leur raison d’être, leurs piliers de communication. Mais rares sont celles qui peuvent répondre à ces trois questions :
— Quel archétype incarne votre marque ?
— Quel récit mythologique structure votre promesse, consciemment ou non ?
— Quels symboles visuels activez-vous — et est-ce que ce sont les bons pour votre cible ?
Ne pas se poser ces questions, ce n’est pas rester neutre. C’est laisser le sens se construire sans vous — dans l’esprit de vos clients, à partir de leurs propres projections.
La sémiologie : l’outil qu’on n’apprend pas en école de commerce
La sémiologie est la discipline qui étudie les systèmes de signes et leur fonctionnement dans une culture donnée. En clair : elle permet de comprendre pourquoi certaines images fonctionnent, pourquoi certains mots touchent, pourquoi certaines marques inspirent confiance sans qu’on sache exactement l’expliquer.
Ce n’est pas une discipline abstraite réservée aux universitaires. C’est un outil d’analyse opérationnel — qui permet de décrypter une identité visuelle, d’auditer un discours de marque, de choisir les bons archétypes pour une campagne, ou d’anticiper comment une couleur, une forme, un nom va être reçu selon les cultures.
C’est ce que j’enseigne depuis trois ans à des étudiants en marketing et en communication. Et c’est exactement ce que j’apporte aujourd’hui aux équipes des marques qui veulent comprendre — et maîtriser — le sens qu’elles produisent.
Ce que ça change concrètement
Une marque de cosmétique qui comprend que ses visuels activent malgré elle l’archétype de la sorcière plutôt que celui de la sage peut corriger sa trajectoire avant de lancer sa campagne internationale.
Une maison de tourisme culturel qui identifie les imaginaires que son patrimoine mobilise peut construire des récits qui touchent vraiment ses visiteurs, au lieu de produire une brochure de plus.
Une direction marketing qui apprend à lire les symboles dans les campagnes de ses concurrents acquiert un avantage analytique que ni les outils data ni les focus groups ne peuvent donner.
Le sens, ça se travaille. Et ça commence par apprendre à le voir.
Vous souhaitez comprendre les imaginaires qui structurent la perception de votre marque ? Contactez Léah au pôle Marketing de Sens pour en discuter.